Une étude publiée le 25 août 2026 dans Science Bulletin décrit un circuit cérébral qui pourrait contribuer à certains troubles de mémoire observés pendant la grossesse. Les expériences menées chez la souris montrent qu’une exposition prolongée à de forts niveaux d’œstrogènes peut perturber temporairement la mémoire par une voie reliant l’hypothalamus latéral à l’hippocampe. Chez 70 femmes, les chercheurs ont aussi observé en fin de grossesse une association entre des taux d’œstrogènes plus élevés et de moins bonnes performances à certains tests de mémoire.
Pour isoler le mécanisme, l’équipe a utilisé des modèles murins reproduisant une exposition hormonale élevée et durable comparable à celle de la grossesse. Les animaux ont présenté des déficits de mémoire temporaires sans modification détectable de l’humeur ni de la motivation exploratoire, ce qui suggère un effet cognitif ciblé plutôt qu’une altération générale du comportement.
Les chercheurs ont ensuite examiné les neurones GABAergiques de l’hypothalamus latéral. Sous l’effet de niveaux élevés d’œstrogènes, ces cellules devenaient plus actives et projetaient vers la région CA3 de l’hippocampe, impliquée dans la formation des souvenirs. La suppression génétique des récepteurs aux œstrogènes dans ces neurones a atténué les troubles de mémoire liés à l’œstrogène ou à la grossesse chez les souris.
Une manipulation chimogénétique de cette voie a renforcé l’argument expérimental. Lorsque les scientifiques ont réduit l’activité des neurones hypothalamiques projetant vers l’hippocampe, les difficultés de mémoire provoquées par l’exposition hormonale disparaissaient. À l’inverse, l’activation du même circuit suffisait à altérer la mémoire même sans hausse artificielle des œstrogènes.
La partie humaine de l’étude reste plus prudente. Les chercheurs ont comparé des femmes à différents stades de la grossesse à des participantes non enceintes et ont constaté que certaines performances de mémoire diminuaient surtout en fin de grossesse, en parallèle de taux d’œstrogènes plus élevés. Ils n’ont toutefois ni mesuré directement ni manipulé ce circuit cérébral chez les participantes, ce qui ne permet pas d’établir chez l’humain la même causalité que chez la souris.
Des changements ciblés et temporaires
Les auteurs insistent sur le fait que ces résultats ne décrivent pas une baisse générale de l’intelligence. Les changements observés portent sur des tâches précises de mémoire et sont présentés comme temporaires. Ils s’ajoutent à d’autres travaux sur les adaptations cérébrales de la grossesse, dont une étude récemment présentée par BeNews sur les circuits liés aux envies alimentaires pendant la grossesse.
L’étude ne montre pas que tous les oublis pendant la grossesse sont causés par les œstrogènes, ni que ce mécanisme fonctionne exactement de la même manière chez toutes les femmes. Les chercheurs estiment que des travaux humains supplémentaires sont nécessaires pour confirmer le rôle de cette voie hypothalamus-hippocampe et mieux préciser la durée des changements après l’accouchement.





