Une équipe de chercheurs a identifié chez la souris un circuit cérébral qui participe aux comportements ressemblant aux envies alimentaires observées pendant la grossesse. L’étude, publiée le 18 septembre 2026 dans Nature Neuroscience, met en cause une baisse d’activité de neurones producteurs de sérotonine dans le noyau du raphé dorsal, une région du cerveau impliquée dans plusieurs fonctions liées à l’appétit et au comportement.
Dans les expériences, les souris gestantes recherchaient davantage des aliments très appétents lorsque ceux-ci étaient proposés de manière intermittente. Les chercheurs ont ensuite étudié l’activité des neurones sérotoninergiques du raphé dorsal pour comprendre ce qui pouvait accompagner ce comportement.
Ils ont observé que ces neurones étaient moins actifs pendant la grossesse. Cette baisse d’activité était liée à une augmentation du fonctionnement du canal potassique SK3, qui contribue à réguler la fréquence à laquelle les neurones émettent des signaux électriques.
Lorsque les scientifiques ont supprimé génétiquement SK3 dans ces neurones, la diminution de leur activité pendant la grossesse a été empêchée et les comportements de recherche d’aliments très appétents ont été réduits. À l’inverse, augmenter l’expression de SK3 chez des femelles non gestantes a reproduit plusieurs caractéristiques observées pendant la grossesse.
L’équipe a également mis en évidence une voie reliant les neurones sérotoninergiques du raphé dorsal à l’aire tegmentale ventrale, une région associée aux circuits de récompense et de motivation. L’activation expérimentale de cette voie a diminué les comportements de type « envie alimentaire » chez les souris gestantes.
Un mécanisme démontré chez la souris, pas encore chez l’humain
Ces résultats ne signifient pas que le même mécanisme explique à lui seul les envies alimentaires des femmes enceintes. L’étude a été réalisée sur des souris et les auteurs soulignent qu’une manipulation directe de la sérotonine pendant la grossesse pourrait comporter des risques. Des travaux chez l’humain sont nécessaires avant d’envisager une application clinique.
Les envies alimentaires pendant la grossesse sont décrites depuis longtemps chez l’humain, mais leurs causes restent probablement multiples. Des travaux antérieurs ont évoqué des changements de goût et d’appétit, des besoins nutritionnels ainsi que des facteurs sociaux et culturels, sans établir une explication unique valable pour toutes les grossesses.
Yanlin He, qui a dirigé l’étude à Pennington Biomedical, indique que l’équipe veut désormais examiner comment les hormones de la grossesse, notamment les œstrogènes et la progestérone, pourraient interagir avec le canal SK3 et la signalisation de la sérotonine. Le centre prévoit aussi de rechercher chez l’humain si une partie de ce mécanisme peut être retrouvée.





