Une forte exposition à certains conservateurs alimentaires est associée à une incidence plus élevée de l’hypertension dans une vaste cohorte française de 112 395 adultes suivis pendant près de huit ans. Publiée dans l’European Heart Journal, l’étude met en évidence des associations statistiques, mais ne démontre pas que ces additifs provoquent directement la maladie.
Chez les participants les plus exposés aux conservateurs non antioxydants, l’incidence de l’hypertension était supérieure de 29 % à celle observée chez les moins exposés, après ajustement pour de nombreux facteurs comme l’âge, le tabagisme, l’activité physique, le sel, le sucre, les graisses saturées ou encore la consommation de fruits et légumes. Dans ce même groupe, l’incidence des maladies cardiovasculaires était supérieure de 16 %. Pour les conservateurs antioxydants, l’écart concernant l’hypertension atteignait 22 %.
Parmi les 17 conservateurs consommés par au moins 10 % des participants, huit étaient associés à une incidence plus élevée de l’hypertension : sorbate de potassium (E202), métabisulfite de potassium (E224), nitrite de sodium (E250), acide ascorbique (E300), ascorbate de sodium (E301), érythorbate de sodium (E316), acide citrique (E330) et extraits de romarin (E392). L’acide ascorbique utilisé comme additif était aussi associé à une hausse de 15 % de l’incidence des maladies cardiovasculaires.
L’analyse porte sur ces substances lorsqu’elles sont utilisées comme additifs alimentaires. Elle ne permet pas d’étendre ces résultats à la vitamine C ou à l’acide citrique naturellement présents dans les fruits et légumes. Les chercheurs ont estimé l’exposition à partir de relevés alimentaires répétés, des marques consommées, de plusieurs bases de composition et, lorsque nécessaire, d’analyses en laboratoire des produits.
La cohorte était composée à 78,7 % de femmes et l’âge moyen était de 42,8 ans. Son ampleur et le niveau de détail des données renforcent l’intérêt du signal, mais les auteurs soulignent plusieurs limites : il s’agit d’une étude observationnelle, un facteur non mesuré peut encore influencer les résultats et les volontaires de NutriNet-Santé ne représentent pas parfaitement l’ensemble de la population. Les associations doivent donc être confirmées par d’autres travaux.
Privilégier les aliments peu transformés plutôt que traquer un seul additif
Les chercheurs estiment que leurs résultats vont dans le même sens que les recommandations qui privilégient les aliments frais ou peu transformés et limitent les additifs non indispensables. Pour les produits conditionnés, lire l’étiquette au-delà des allégations mises en avant permet notamment de repérer la liste complète des ingrédients sans transformer un seul code « E » en marqueur automatique de danger.
Les auteurs n’appellent pas à supprimer tous les conservateurs. Ils demandent plutôt une réévaluation de leur rapport bénéfice-risque par les autorités sanitaires, car ces substances ont aussi une fonction de conservation des aliments. Leur étude conclut qu’une confirmation épidémiologique et des données expérimentales supplémentaires restent nécessaires pour préciser les mécanismes possibles derrière les associations observées.





