Les femmes qui commencent une grossesse avec au moins deux maladies chroniques physiques ou mentales présentent un risque plus élevé de plusieurs complications prénatales, selon une vaste étude britannique publiée dans The Lancet Public Health. Les chercheurs ont analysé 2 225 701 grossesses ou événements de naissance enregistrés en Angleterre, en Écosse, au pays de Galles et en Irlande du Nord.
Par rapport aux femmes sans maladie chronique recensée, celles qui en cumulaient au moins deux avaient un risque de fausse couche supérieur de 20 %, un risque de prééclampsie supérieur de 42 % et un risque de diabète gestationnel supérieur de 26 %. Le risque de thromboembolie veineuse, qui comprend notamment la thrombose veineuse profonde et l’embolie pulmonaire, était plus de deux fois plus élevé.
L’écart était également marqué pour la santé mentale pendant la grossesse. Le risque d’anxiété prénatale était multiplié par 4,25 et celui de dépression par 4,09 chez les femmes présentant plusieurs affections de longue durée. Les auteurs ont aussi observé davantage d’hyperémèse, de vomissements, d’hypertension gestationnelle, de cholestase obstétricale et de décollement placentaire.
L’étude rétrospective s’appuie sur cinq bases de données de santé couvrant la période 2000-2022 et concerne des femmes âgées de 15 à 49 ans. Les chercheurs ont défini la multimorbidité à partir d’une liste de 79 affections physiques ou mentales et ont ajusté leurs analyses notamment sur l’âge maternel, le nombre de grossesses antérieures, l’origine ethnique, le niveau de privation, l’indice de masse corporelle, le tabagisme et l’année de grossesse.
Le risque de complications augmentait avec le nombre de maladies coexistantes. Les données publiées par l’équipe indiquent notamment que, chez les femmes ayant au moins trois affections de longue durée, le risque de thromboembolie veineuse dépassait trois fois et demie celui observé chez les femmes sans maladie chronique.
Les auteurs estiment qu’environ une femme enceinte sur cinq au Royaume-Uni vit avec au moins deux affections de longue durée. Ils soulignent que les parcours de maternité restent souvent organisés maladie par maladie et plaident pour une évaluation du risque tenant compte de l’ensemble des problèmes de santé présents avant la grossesse.
Les chercheurs rappellent toutefois qu’il s’agit d’une étude observationnelle fondée sur des dossiers médicaux courants : certaines affections ou complications peuvent avoir été sous-enregistrées et des facteurs non mesurés peuvent encore influencer les résultats. Le travail doit se poursuivre pour examiner les issues à la naissance et chez l’enfant, ainsi que les combinaisons de maladies associées aux risques les plus élevés.





