Une étude publiée le 25 août 2026 dans Science Bulletin décrit un mécanisme qui pourrait contribuer à certains oublis temporaires rapportés pendant la grossesse. Chez la souris, des taux élevés et prolongés d’œstrogènes perturbent un circuit reliant l’hypothalamus latéral à l’hippocampe. Chez des femmes en fin de grossesse, les chercheurs ont aussi observé une association entre des taux circulants d’œstrogènes plus élevés et une altération de tâches de mémoire spécifiques.
Dans les modèles murins, l’exposition à de fortes concentrations d’œstrogènes a provoqué un trouble temporaire de la mémoire sans modification des comportements liés à l’humeur ni de la motivation exploratoire. Les chercheurs ont ensuite repéré des changements d’expression de gènes dans l’hypothalamus latéral, une région impliquée dans plusieurs fonctions physiologiques.
Le travail met en cause un sous-ensemble de neurones GABAergiques portant notamment le récepteur aux œstrogènes ERα. Sous forte exposition hormonale, la signalisation des récepteurs GABA-A diminue et l’activité de ces neurones augmente. Or, ils projettent vers la région CA3 de l’hippocampe, fortement impliquée dans la mémoire.
Les expériences de manipulation de ce circuit renforcent l’hypothèse d’un lien causal chez l’animal : inhiber les neurones concernés a protégé les souris contre les troubles de mémoire liés aux fortes concentrations d’œstrogènes, tandis que leur activation a produit un effet inverse. Chez l’humain, en revanche, l’étude montre une association et non la preuve que les œstrogènes provoquent à eux seuls ces oublis.
Ces résultats s’inscrivent dans une littérature encore nuancée sur le « cerveau de grossesse ». Une revue systématique publiée en 2025 dans BMC Pregnancy and Childbirth, fondée sur 31 études réunissant 1 596 femmes enceintes et 1 450 femmes non enceintes, concluait à des effets modestes sur la mémoire verbale et l’attention, tout en soulignant l’hétérogénéité des résultats selon les études et les périodes de la grossesse.
La nouvelle étude ne signifie donc pas que toutes les femmes enceintes connaissent des troubles de mémoire ni que les œstrogènes en sont l’unique explication. Elle identifie surtout un circuit biologique précis à explorer davantage chez l’humain pour mieux comprendre les changements cognitifs temporaires observés pendant la grossesse.





