L’Agence africaine de notation de crédit AfCRA, installée à Maurice, affirme être en discussion avec 15 États africains et prévoit de publier ses premières évaluations souveraines d’ici à la fin de mars 2027, a déclaré mardi 3 novembre son directeur général par intérim, Sifiso Falala, dans un entretien à Reuters. Ce calendrier constitue le premier horizon précis donné par l’institution depuis son lancement officiel en octobre à Maurice.
Les équipes de l’agence doivent commencer leurs travaux au Togo, au Kenya, aux Seychelles, au Burundi et à Maurice, selon les pays cités par le dirigeant. La liste complète des 15 États concernés n’a pas été rendue publique et la Côte d’Ivoire ne figure pas parmi les cinq pays nommés à ce stade. Les recherches porteront sur les finances publiques, la capacité de remboursement et les données économiques nécessaires à chaque évaluation.
AfCRA entend produire des notes sollicitées. Dans ce modèle, un État demande l’évaluation, la finance et ouvre l’accès à ses responsables ainsi qu’à des informations financières détaillées. Cette relation commerciale ne garantit pas une appréciation favorable et place la transparence de la méthode, la gestion des conflits d’intérêts et la publication des critères au centre de la crédibilité attendue par les investisseurs.
L’agence a été lancée le 7 octobre à Port-Louis dans le prolongement d’un projet approuvé par l’Union africaine en 2018 et préparé avec le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs. L’Union africaine la présente comme une société indépendante portée par le secteur privé, dans laquelle les gouvernements ne peuvent pas détenir de participation. Sa mission consiste à ajouter une lecture fondée sur des données et une expertise africaines, sans remplacer les agences internationales existantes.
Le champ annoncé ne se limite pas aux États. AfCRA prévoit également d’évaluer des collectivités, des entreprises, des établissements financiers et des banques multilatérales africaines, dont la Banque africaine d’import-export. L’objectif affiché est d’élargir l’information disponible sur le risque de crédit et de couvrir des emprunteurs qui restent absents des notations des trois grandes agences mondiales.
L’entreprise appartient actuellement à Plus 94 Research, un groupe sud-africain de recherche cofondé par Sifiso Falala et Tirhani Mabunda, selon Reuters. Elle veut lever 15 millions de dollars auprès d’investisseurs africains qui détiendraient à terme les deux tiers de son capital. Son dirigeant a aussi annoncé l’acquisition de 51 pour cent de Sovereign Africa Ratings, une société sud-africaine spécialisée dans la notation.
Le lancement intervient alors que 32 des 55 États africains disposent d’une note attribuée par S&P Global Ratings, Moody’s ou Fitch Ratings, d’après l’Union africaine. L’organisation estime par ailleurs que le service annuel de la dette extérieure du continent est passé de 61 milliards de dollars en 2010 à 163 milliards en 2024, un niveau qui pèse sur les budgets consacrés aux infrastructures et aux services publics.
Plusieurs gouvernements africains reprochent depuis des années aux trois grandes agences de surestimer certains risques et de renchérir leur accès au financement. Ces entreprises contestent l’existence d’un traitement défavorable et affirment appliquer des méthodes comparables d’un marché à l’autre. Une enquête de Reuters publiée en 2024 n’avait pas trouvé de preuve d’un biais systémique dans leurs notes souveraines africaines.
AfCRA doit encore transformer son mandat politique initial en évaluations reconnues par les régulateurs et les investisseurs. L’agence indique que le démarrage effectif de ses analyses dépend notamment de l’enregistrement de son personnel auprès de l’autorité compétente à Maurice. Les premiers résultats annoncés pour mars 2027 permettront de mesurer la cohérence de sa méthode, son indépendance et la qualité des données qu’elle rendra publiques.





