Le manque d’interprètes en langue des signes continue de compliquer l’accès des personnes sourdes aux soins, à l’administration et à la justice en Côte d’Ivoire. Un nouveau reportage publié le 14 septembre 2026 à Abidjan met en lumière ces difficultés, déjà signalées depuis plusieurs mois par les organisations représentant la communauté sourde.
Dans son reportage, Africanews décrit notamment le cas d’un jeune homme sourd contraint de faire appel à distance à un interprète, par appel vidéo, pour pouvoir expliquer un problème de santé dans une pharmacie d’Abidjan. Le média rapporte que des situations comparables se produisent dans d’autres démarches quotidiennes faute d’interprètes disponibles.
Ce constat rejoint les alertes de la Fédération nationale des sourds de Côte d’Ivoire (FENASOCI). En mars, l’organisation avait demandé, dans une déclaration relayée par l’Agence ivoirienne de presse, le renforcement des politiques publiques inclusives, ainsi que la formation et la certification d’interprètes en langue des signes afin d’améliorer l’accès à l’éducation, à la santé, à la justice et aux services publics.
Dans un entretien publié le 2 septembre par Fraternité Matin, Ouattara Yegueleworo, chef de programme à la FENASOCI, a expliqué que la profession d’interprète en langue des signes n’est pas encore reconnue comme un corps de métier spécifique en Côte d’Ivoire. Selon lui, une partie des interprètes actuellement actifs sont des bénévoles, tandis que plusieurs administrations ont déjà engagé des formations à la langue des signes.
Les chiffres disponibles sur la population concernée ne sont pas uniformes. Africanews évoque 75 000 personnes vivant avec une surdité, tandis que le responsable de la FENASOCI cité par Fraternité Matin affirme que le dernier recensement faisait état de 105 000 personnes sourdes et malentendantes. En l’absence d’une statistique primaire récente et concordante identifiée, ces estimations doivent être considérées avec prudence.
La question de l’interprétariat s’inscrit aussi dans le plaidoyer pour la reconnaissance officielle de la Langue des signes de Côte d’Ivoire (LSCI). En décembre 2025, la FENASOCI avait présenté au Conseil national des droits de l’homme la « Déclaration de Dabou », qui défend son usage dans l’éducation, l’administration, les médias et la vie sociale. L’AIP avait alors rapporté que la professionnalisation du métier d’interprète figurait parmi les leviers avancés pour améliorer l’accessibilité des services.
La FENASOCI indique par ailleurs travailler à l’élaboration d’un curriculum de la LSCI. Dans son entretien à Fraternité Matin, Ouattara Yegueleworo a indiqué que l’organisation vise, à l’horizon 2028, un outil destiné à faciliter l’enseignement et la diffusion de cette langue.
