Une analyse mondiale des températures publiée mardi 20 octobre 2026 a documenté les dégâts durables d’un épisode de chaleur extrême sur les plantations de cacao de Digrikro, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Selon les données examinées par Reuters, les températures y ont parfois dépassé 38 °C à partir du 1er novembre 2023, pendant une séquence de plus de quatre mois marquée aussi par une sécheresse observée dans les relevés pluviométriques des Nations unies.
Dans ce village, la ferme de 22 hectares fondée par Brou Kouassi a vu ses cabosses se dessécher et ses arbres perdre leurs feuilles. Son fils Jules Kouassi a indiqué aux journalistes que le rendement de sa parcelle entre février et avril 2024 avait été inférieur de plus de moitié à la normale, au cours d’une période importante pour la récolte.
L’enquête ne présente pas la chaleur comme l’unique cause de la crise du cacao. Elle cite également les maladies qui affectent plus facilement les arbres affaiblis, la sécheresse et l’influence probable d’El Niño. Reuters relève toutefois que les récoltes de la Côte d’Ivoire et du Ghana, qui assurent ensemble environ la moitié de la production mondiale, ont chuté fortement après cet épisode.
Les auteurs ont donné le nom de Vera à cette vaste vague de chaleur et utilisent l’expression « tempête de chaleur » pour les épisodes couvrant au moins 1 % de la surface du globe. Cette appellation a été créée pour les besoins de l’analyse et ne constitue pas une classification météorologique universellement reconnue.
La méthode repose sur les données ERA5 du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme. Les températures relevées depuis 1960 dans plus d’un million de cellules géographiques ont été comparées à une période de référence allant de 1961 à 1990. Une vague de chaleur est identifiée lorsque la température maximale atteint pendant cinq jours un niveau situé parmi les 10 % les plus élevés pour la date et le lieu concernés.
Une étude distincte publiée par le service Copernicus sur le changement climatique montre que le stress thermique dangereux est devenu plus fréquent, plus intense et plus étendu depuis les années 1970. Elle estime que le stress thermique extrême survient désormais 1,7 fois plus souvent en Afrique et classe l’Afrique subsaharienne parmi les régions où l’exposition de la population est la plus forte.
En Côte d’Ivoire, un projet de cartographie soutenu par la Banque mondiale et présenté par l’Agence spatiale européenne en mars 2026 a aussi repéré à Abidjan des zones de chaleur concentrées dans les quartiers densément bâtis et peu végétalisés. Le dispositif associe des observations satellitaires à des mesures de température, d’humidité et de qualité de l’air recueillies au niveau des rues.
Deux ans après le passage de Vera, la plantation de Digrikro ne s’était pas remise de ses pertes. Jules Kouassi a déclaré que de nombreux cacaoyers restaient morts ou malades et que les revenus de la famille demeuraient affaiblis.





