Aller au contenu
dimanche 18 octobre 2026
Politique

Des milliers de Tunisiens manifestent contre la vie chère et Kaïs Saïed

La plus importante mobilisation contre le président tunisien depuis plusieurs années a rassemblé syndicats, opposition et société civile autour de revendications sociales et démocratiques.

WhatsApp
Des manifestants rassemblés à Tunis en octobre 2021
Manifestation contre la concentration des pouvoirs à Tunis, le 10 octobre 2021. Photo d’archive Dodos photography, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Image recadrée et convertie en WebP. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Anti_coup_protest,tunis,10_october_2021.jpg

Des milliers de Tunisiens ont défilé samedi 17 octobre dans le centre de Tunis contre la vie chère et les restrictions aux libertés, lors de la plus importante mobilisation contre le président Kaïs Saïed depuis plusieurs années. La marche a réuni des syndicats, des organisations de la société civile et des partis d’opposition habituellement divisés.

Le cortège est parti de la place Mohamed Ali, où se trouve le siège de l’Union générale tunisienne du travail, avant de gagner l’avenue Habib Bourguiba. Neuf organisations avaient appelé à la mobilisation, parmi lesquelles l’UGTT, le Syndicat national des journalistes tunisiens, l’Ordre national des avocats, la Ligue tunisienne des droits de l’homme et le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux.

Les participants ont réclamé une amélioration du pouvoir d’achat, la création d’emplois, le respect des libertés publiques et la libération des opposants emprisonnés. Plusieurs centaines de policiers ont été déployés dans la capitale et des voies ont été fermées autour du parcours, sans incident majeur rapporté par les sources consultées.

L’AFP a évalué la participation à au moins 3 000 personnes, tandis que d’autres estimations reprises par APAnews ont évoqué jusqu’à 6 000 manifestants. Aucun décompte officiel n’a été publié. Reuters a décrit le rassemblement comme la plus importante contestation organisée depuis des années contre Kaïs Saïed.

La mobilisation intervient dans un contexte économique difficile. Le taux de chômage tunisien atteignait 14,9 % au deuxième trimestre 2026, selon l’Institut national de la statistique. Il s’élevait à 26,6 % parmi les diplômés de l’enseignement supérieur et à 35,6 % chez les femmes diplômées, malgré une légère baisse du taux global par rapport au trimestre précédent.

Les organisateurs ont également dénoncé les pénuries de médicaments, la dégradation des services publics et les coupures récurrentes d’eau et d’électricité. Ces difficultés ont nourri une contestation qui associait revendications sociales et défense des droits civiques, dans un pays où la hausse des prix pèse sur le pouvoir d’achat.

Kaïs Saïed a concentré de larges pouvoirs depuis 2021, en dissolvant le Parlement et en gouvernant ensuite par décrets. Ses adversaires et plusieurs organisations de défense des droits l’accusent d’avoir affaibli les contre-pouvoirs et restreint l’espace civique. Le président rejette les accusations d’autoritarisme et affirme que ses décisions visent à lutter contre la corruption et à réformer l’État.

À l’issue de la marche, le secrétaire général de l’UGTT, Salah Eddine Salmi, a annoncé que la coordination des organisations poursuivrait ses consultations et chercherait à s’élargir à d’autres forces civiles, sociales et politiques.

Clarisse Biemi

Les articles publiés sous la signature Clarisse Biemi sur BeNews portent notamment sur les célébrités, le football et la musique.

Tous ses articles