À Yopougon, le biama n’est plus seulement une danse de quartier. Porté par des figures comme Karl Guei et Dydy Yeman, ce mélange de pas ultrarapides, d’acrobaties et de mimiques théâtrales s’est installé sur les réseaux sociaux et dans les rendez-vous populaires qui font vibrer la jeunesse ivoirienne.
Une dépêche de l’AFP publiée ce vendredi 11 septembre décrit des rassemblements hebdomadaires où des centaines de jeunes se retrouvent après les cours pour danser. Les participants entrent gratuitement, tandis que le public paie généralement entre 1 000 et 2 000 FCFA pour assister au spectacle. À la tombée de l’après-midi, baskets, survêtements colorés et chorégraphies s’enchaînent sur un terrain sablonneux transformé en scène.
Le mot « biama » renvoie à l’idée de plaisir en nouchi, explique à l’AFP Junior Koffi, connu sous le nom de God of War et organisateur de rendez-vous à Yopougon. Le mouvement emprunte à plusieurs univers musicaux, du zouglou au zouk en passant par l’afrobeat, avec une place centrale laissée à l’improvisation et à l’humour.
L’histoire de Karl Guei, surnommé Kalomaman, résume bien cette trajectoire. Selon l’AFP, le jeune danseur aurait improvisé les premiers pas du biama en 2021 dans une salle de jeux vidéo, après une victoire, pendant qu’un ami filmait la scène. La vidéo s’est ensuite diffusée en ligne. Karl Guei compte aujourd’hui environ deux millions d’abonnés sur TikTok, d’après le journaliste culturel Toussaint Konan cité par l’agence.
Dydy Yeman incarne, lui, la dimension spectaculaire prise par le mouvement. Ses vidéos totalisent des dizaines de millions de vues sur YouTube et l’artiste s’est déjà produit hors de Côte d’Ivoire, en Afrique comme en Europe. Sur BeNews, son titre « Casse tes reins » figurait encore cette semaine au sommet des tendances YouTube en Côte d’Ivoire, signe d’une exposition numérique qui dépasse désormais largement les rues de Yopougon.
Le succès se mesure aussi dans le quotidien des jeunes danseurs. Certains disent financer vêtements et fournitures scolaires grâce aux pourboires reçus lors des performances. Le biama dispose désormais de son propre rendez-vous télévisé et nourrit une petite économie autour des spectacles, des tenues, des clips et de la production musicale.
Le phénomène attire aussi l’attention des professionnels. L’arrangeur Élie-Michel Assié Diou affirme à l’AFP que son studio a déjà enregistré une cinquantaine d’artistes liés à cette vague. Un an plus tôt, le magazine culturel Pan African Music décrivait déjà le biama comme l’un des nouveaux moteurs de la scène urbaine ivoirienne, propulsé par les challenges vidéo et la capacité des jeunes artistes à tester directement leurs morceaux auprès du public.





